"Ciel de Cases", un court documentaire, fruit de ma rencontre avec Ti'Wan Couchili, conteuse et fabricante de ciels de cases.

Filmer au féminin

Filmer au féminin, je l’entends pour un homme, c’est pour moi s’autoriser à vivre ses émotions en suivant sa part féminine. Je la suppose ancrée en chacun, comme il doit exister sans doute une part masculine en chaque femme. Pour éviter les clichés, je ne parlerai que de mon expérience.
Filmer au féminin, c’est comme une connexion autre au monde. Plus que par l’esprit ou le cœur, ce qui nous entoure est appréhendé maintenant par le corps et par le ventre. Cette sensualité agit ici comme un révélateur de sensibilité poétique. 
Mais la femme représente aussi une forme de résistance intelligente parce que prenant en compte les souffrances humaines. De cette force de résistance réfléchie, nous pouvons aussi irriguer nos films.
 
À chaque étape de la création audiovisuelle, cette sensibilité peut s’exprimer

Lors de l'écriture

Dans l’écriture, en faisant corps avec les mots. Les ressentir comme incarnés de sens plus que s’attarder sur leur définition et les règles grammaticales. Accorder ainsi plus de place à la poésie dans l’écriture filmique. Garder une approche tactile. Quand on est dans le “flow”, le lien entre les mots et les images devient quasi-organique.

Pendant la Préparation

La préparation, c'est aller sur les lieux et faire les premières rencontres. Repérage des gens et lieux, matière première de toute histoire, surtout en format documentaire. L’approche curieuse des lieux. La capacité à trouver le temps pour s’isoler et s’imprégner des forces présentes. Et commencer à imaginer la façon de raconter l’endroit en adéquation avec le propos.
Puis aller à la rencontre des personnes. Rester curieux et attentif à tout ce qui se dit et qui ne se dit pas dès la première approche. Trouver les bons mots, le bon ton pour être dans une belle communication lors de l’entretien. Donner de la sincérité pour recevoir de la sincérité.

Au tournage

Pendant le tournage, c’est en filmant, faire corps avec la machine, appareil photo ou caméra et se trouver dans le rythme du sujet, chalouper avec lui, l’accompagner dans ses actions juste l’effleurer du bout de l’objectif.
Pour tout cela il faut se mettre en présence. C’est-à-dire dans l’instant, dans le lieu, avec les gens autour et l’énergie qui s’en dégage. Cela signifie s’affranchir des réflexions techniques et utiliser son instinct et ses réflexes pour ces tâches.

Chemin d'art avec Gislaine Ozier-Lafontaine, réalisé pour le musée d'Archéologie et de Préhistoire de Martinique

Montage

Lors du montage, c’est trouver la synergie entre musique, ambiance, voix pour le son et pour l’image, l’équilibre entre plans réels, illustrations, graphismes. Prendre en compte tout ce qui contribue à l’esthétique et au sens du message comme les effets sonores, les transitions d’image et l’étalonnage. Dans cette fluidité poétique, le montage est pensé comme une musique, donc du rythme, une mélodie, des harmonies. 
Chacun de ces éléments s’exprime dans le montage, quelquefois à notre insu. D’autre fois, il faut beaucoup réfléchir avant de trouver le juste dosage.
*Je développerai dans un article ultérieur plus détail sur le montage
 
Une approche féminine du montage, c’est faire taire l’ego dont la présence est beaucoup mieux gérer chez la femme. L’égo n’étant plus dominant, on se sent plus à l’écoute de l’autre, de son avis. On peut ainsi tirer parti de plusieurs visions pour le bien ultime du film. C’est aussi une façon d’accepter que l’on ne détient pas toute la vérité et qu’il est vain de le vouloir. Cela ne nous dépossède pas pour autant de l'œuvre.

Avec les élèves du lycée Centre-Sud & l'Office de la culture du Lamentin

La vie du film

C’est là qu’intervient l’archétype femme-mère. Le film, c’est en quelque sorte le fruit de l’amour d’un auteur avec le sujet. Il représente l'œuvre final et c’est à travers lui que se passe notre message. C’est l’outil de la transmission. C’est un outil qu’il faut accompagner quelquefois pour qu’il grandisse et soit lui-même fécond.

Avec la section art du lycée Acajou II

 

Avec les jeunes de L'École de la 2e chance et Cinémawon

Post Author: christianforet

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