Que Faire ?

Ce qui nous arrive est hors du commun. Cela perturbe notre quotidien et modifie nos repères. 
Depuis le début de ces semaines de confinement, et probablement pour de longs jours après, chacun essaie comme il le peut, de maintenir ses rituels ou d’écrire, de créer, etc. Certains y arrivent, d’autres pas ou comme c’est mon cas, difficilement. 
Quand le quotidien ou l’environnement change, cela nous transforme dans le même temps.
Un voyage, un évènement heureux ou malheureux, une crise, s’accompagnent souvent pour le faiseur de film, de la même question :
Faut-il s’en emparer et y trouver un ou plusieurs sujets potentiels de films ; ou au contraire le vivre pleinement dans la simplicité ?

Martinique, Avril 2020 - Lumière et couleurs

Action ou observation

Notre nature profonde nous amène souvent à agir par réaction à une situation. Pour se rassurer souvent, on ressent le besoin de “faire quelque chose”. Ce quelque chose peut se traduire par toutes sortes d’actions, certaines utiles ou fructueuses, d’autre moins.
Mais renoncer à l'action et accepter d’être porté par les évènements, est une façon de ne pas entrer en résistance avec eux. Éprouver l’abandon comme un drapeau dans le vent ou une feuille dans le courant de la rivière, permet d’aspirer tout ce que nos sens nous donnent à percevoir.
Comme je le décris dans l’article (Dans la présence) s’autoriser à ne pas agir, ne pas analyser, ne pas interpréter, juste se contenter d’être présent est une forme d'humilité par rapport à ce qui se bouscule autour de nous.
Action ou observation, Ces deux approches font pleinement partie du quotidien du créateur et le tiraille, tant il est difficile d’être dans l’action tout en l’observant.
Ce n’est pas impossible, mais cela force à modifier le regard et c’est peut-être la meilleure façon de retrouver son Kanman*, son équilibre.

Martinique - Mars 2020 - Pompiers prenant en charge un SDF

Bruit Ambiant

D'un côté, vivre l’instant, parce que “le temps n’est pas encore venu de donner un nom aux choses”, de l'autre, accepter cette envie de réfléchir, de créer ou plus simplement de documenter le moment, garder des traces et en créer de nouvelles dès maintenant. Pour le futur, pour l’histoire qui se déroule sous nos yeux et que l’on vit intérieurement.
Afin d’éprouver en tranquillité  ces deux besoins, il est utile de se couper du monde et de cette mitote**, bruit ambiant qui nous éloigne de nous-même.
Loin du grand fracas global mais sans pour autant l’ignorer, aller à l’essence de ce qui nous touche réellement. À juste distance des réseaux, là, réside notre capacité à puiser la poésie de l’instant. Lui donner l’autorisation de s’exprimer, matière première brute, prête aux futures mises en formes.

Partage

En ces temps particuliers nous retrouvons pour beaucoup d'entre nous une âme de créateur avec cette envie de dire au monde son ressenti, de partager. Chacun à sa façon témoigne du moment. À travers de multiples créations : peinture, dessin, poésie, musique, cuisine, etc…
Le passé qui rassure et permet un retour vers soi est ce que l’on partage volontiers.  Les images circulent, notre enfance, nos livres et films préférés, nos souvenirs.
Comme beaucoup, j’ai ressenti ce besoin et j’ai ainsi publié sur Facebook, toute une série de clips-vidéo réalisés il y une vingtaine d’année. Comme si ce temps était aussi celui d'un bilan et d'un coup d'œil dans le rétroviseur de ma vie, professionnelle dans ce cas mais aussi personnelle dans d'autres réflexions qui ne se partage pas.

Time-lapse réalisé depuis ma fenêtre. Poème de Martin Quarter "Suite of five poem - poem four" - dit par C. Campbell

Ce regard sur soi qui se développe dans le silence de cette crise nous ré-ancre dans nos valeurs. Où est l’important, où est le superficiel ?
Les temps incertains, sont souvent ceux où se développent les questions essentielles, celles qui touchent au sens de nos vies, aux directions que prennent nos sociétés, à nos peurs, nos rêves et à beaucoup de choix individuels remis en cause en une fraction de pandémie.
Inconsciemment ces questions amènent à fabriquer une matière qui prendra forme avec le temps. Pour ceux dont la création est le métier, accompagner la société entière en s’exprimant par tous les moyens nécessaires, est une responsabilité face à ces mois qui nous transforment. 
 
 
*Kanman : posture/attitude (créole martiniquais) - **Mitote : Selon la définition de M. Ruiz, une cacophonie de voix discordantes

Post Author: christianforet

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